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Agnès Sorel

Agnès Sorel
Agnès Sorel – Anonyme du XVIe S. Portrait inspiré de la Vierge du diptyque de Melun.

Agnès Sorel est née au début du XVe siècle, fort probablement dans les années 1420. Le lieu de sa naissance divise encore les historiens. Certains pensent qu’elle est née à Fromenteau en Touraine, d’autres situent cette naissance en Picardie d’où, il est vrai, étaient originaires son père, Jean Soreau, et sa mère, Catherine de Maignelais.

C’est en Picardie qu’elle reçut une éducation soignée. On l’y prépara à occuper à la cour la charge enviée ( non pour les avantages matériels qu’elle procurait – Agnès recevait dix livres par an – ) de demoiselle de compagnie de la reine de Sicile, Isabelle de Lorraine. Cette charge lui était destinée dès son plus jeune âge du fait de sa naissance et des recommandations dont elle bénéficiait.

Sa jeunesse et sa beauté vont très rapidement la faire remarquer par le roi de France, Charles VII, le petit roi de Bourges, ce dauphin sans beauté, sans grande intelligence et sans fortune, fils d’un fou et d’une monstrueuse ogresse bavaroise.
Pierre de Brezé, qui a remarqué les regards de son suzerain pour cette nouvelle venue à la cour, va présenter à Charles VII celle qui sera la plus jolie femme du royaume.

Portrait présumé d'Agnès Sorel
Portrait présumé d’Agnès Sorel.

Très rapidement, en 1444, Agnès Sorel va passer du rang de demoiselle d’honneur d’Isabelle de Lorraine à celui de première dame officieuse du royaume de France. Son art de vivre et ses extravagances rejettent la Reine dans l’ombre. Les voiles et autres guimpes sont abandonnés, et elle invente le décolleté épaules nues qualifié de «ribaudise et dissolution » par les chroniqueurs de l’époque. De vertigineuses pyramides surmontent sa coiffure. Des traînes de huit mètres de long allongent ses robes bordées de fourrures précieuses : martre ou zibeline. En cette année 1444, le roi lui offre 20.600 écus de bijoux dont le premier diamant taillé connu à ce jour. Pour se procurer ces atours précieux, elle devient la meilleure cliente de Jacques Cour, marchand international et grand argentier du roi, qui a amassé des trésors venus d’Orient dans son palais de Bourges. Elle consomme de grandes quantités d’étoffes précieuses, et bien sûr, toutes les femmes de la cour l’imitent.

Charles VII
Buste de Charles VII , vers 1463 – 1465, basilique de Saint-Denis. D’après son masque mortuaire.

Mais Agnès n’est pas qu’une jeune femme frivole. Elle est aussi une intrigante habile. C’est ainsi qu’elle impose ses amis au roi, ou s’acquiert la faveur des conseillers de la Couronne, qui voient en elle le moyen de s’assurer la bienveillance royale. C’est grâce à ces manoeuvres que le roi, en l’espace de quelques mois, lui octroie les fiefs de Beauté-sur-Marne (d’où son surnom de Dame de Beauté), Vernon, Issoudun, Roquesezière et lui offre le domaine de Loches.

Le dauphin, futur Louis XI, ne supporte pas la relation d’Agnès avec son père le roi Charles VII. Il estime (à juste titre d’ailleurs) que sa mère est bafouée. Il a de plus en plus de mal à accepter que sa propre mère soit bafouée par Agnès, cette reine des cours. Un jour il laisse éclater sa rancoeur et poursuit, l’épée à la main, l’infortunée Agnès dans les pièces de la maison royale. Pour lui échapper, elle se réfugie dans le lit du roi. Charles VII, courroucé par tant d’impertinence, chasse son fils de la Cour et l’envoie gouverner le Dauphiné.

Ensuite, s’écouleront de longues années de bonheur, jalonnées par des voyages à travers cette France en forme de S renversé. Agnès attend à Razilly près de Chinon, à Beaulieu près de Loches, à Dames près de Mehun sur Yèvre, le retour du guerrier ou du chasseur. Elle donne à son royal amant trois filles qu’il légitime :

  • Marie de Valois qui épousera, en 1458, le sire de Coëtivy et de Taillebourg.
  • Charlotte qui deviendra, en 1462, la femme de Jacques de Brézé et sera assassinée par lui quelques années plus tard d’un coup d’épée entre les épaules pour avoir été surprise dans les bras de son amant à quelques pas du lit conjugal.
  • Jeanne de France, née à Beauté-sur-Marne, que Louis XI mariera à Antoine de Bueil.

Ces naissances feront dire aux moralistes Thomas Basin et Juvénal des Ursins qu’Agnès est responsable du réveil sensuel de Charles VII. Ils jugeront sévèrement sa liberté de mœurs et l’accuseront de faire de ce roi « chaste » un roi débauché, entièrement soumis à ses maîtresses.

Est-ce Agnès Sorel qui souffle à Charles VII que la réorganisation des finances royales passe par la reconquête de la Guyenne et de la Normandie occupées par les anglais ? Toujours est il que c’est alors qu’elle allait mettre au monde un quatrième enfant, qu’Agnès entreprend, en plein hiver, d’aller retrouver le roi à Rouen où il commande son armée. Nul ne connaît les raisons de ce voyage ; se languissait elle de son royal amant, ou voulait-elle le prévenir d’un nouveau complot ourdi par le dauphin, futur Louis XI ?

Manoir du Mesnil-sous-Jumièges
Manoir du Mesnil-sous-Jumièges, lieu du décès d’Agnès Sorel.

Dès qu’elle est installée par Charles au manoir du Mesnil près de Rouen, elle est soudainement prise d’un « flux de ventre » et meurt en quelques heures, non sans recommander son âme à Dieu et à la Vierge Marie. Elle a le temps de léguer ses biens à la Collégiale de Loches pour que des messes y soient dites pour le repos de son âme de pécheresse, à l’abbaye de Jumièges où sera déposé son cœur, ainsi qu’aux membres de sa famille et au Roi à qui elle léguera ses bijoux.

Sa mort est si rapide qu’on croira tout d’abord à un empoisonnement. On accusera même Jacques cœur, qui fut sans doute plus qu’un ami, de l’avoir fait assassiné, mais il fut lavé de ce chef d’inculpation. Les soupçons se portèrent alors sur le dauphin, le futur Louis XI, ennemi du parti qu’elle soutenait. Celle qui fut la première maîtresse officielle d’un roi de France, meurt à l’âge de 28 ans à Anneville, en Normandie, le 11 février 1450.

Éploré, le roi commande deux magnifiques tombeaux de marbre, l’un se trouve à Jumièges et contient son cœur, l’autre est à Loches et son corps y repose.

 

Histoire du gisant d’Agnès Sorel  “la Dame de Beauté”

Gisant d'Agnès Sorel
Gisant d’Agnès Sorel

Le gisant d’Agnès Sorel, placé à Loches, a connu une destinée peu commune, faites de tribulations que peu de monuments funéraires ont connues.

Selon l’usage du XVe siècle, comme elle mourût près de Jumièges, son corps fut partagé entre cette abbaye qui recueillit son cœur et la Collégiale Saint Ours à Loches. C’est en vertu du testament de la défunte qui léguait une grande partie de ses biens aux moines de la Collégiale Saint Ours, que ceux-ci reçurent le corps embaumé d’Agnès, admirablement coiffé, et vêtu avec simplicité et sans bijou. Un artiste fut chargé par Charles VII de sculpter un monument d’une grande élégance. Nous ignorons qui était cet artiste ; les historiens hésitent entre Michel Colombe, à qui l’on doit les enfants de la Cathédrale de Tours qu’il sculpta pour Anne de Bretagne, et Jacques Morel, un autre sculpteur de l’époque. Peut être s’agit-il de l’œuvre d’un artiste inconnu. Il n’en reste pas moins que ce tombeau rappelle étrangement les monuments dessinés par Jean Fouquet.
Les vicissitudes du tombeau nous ont définitivement découragé d’éclaircir ce mystère.

Ce monument est fort connu aux environs de Loches. C’est une statue d’albâtre allongée sur un large socle de marbre noir, dont certaines faces portent des inscriptions sculptées en ce Moyen Age s’achevant et dont les lettres gothiques autrefois dorées disent : « Cy gist noble damoyselle Agnès Seurelle en son vivant dame de Beaulté, de Roquesserière, d’Issouldun et de Vernon-sur-Seine piteuse envers toutes les gens et qui largement donnoit de ses biens aux eglyses et aux pauvres laquelle trespassa le IXème jour de février l’an de grâce MCCCCXLIX, priies Dieu pour lame delle. Amen »

À l’origine, la tête était surmontée d’un dais de style gothique flamboyant, se détachant sur une plaque de marbre noir scellée perpendiculairement au couvercle.

Collégiale Saint-Ours à Loches
Collégiale Saint-Ours à Loches

La représentation d’Agnès montre un visage calme, serein et très jeune. Elle est vêtue d’un surcot bordé d’hermine et ses cheveux sont ceints d’une couronne signifiant le titre de duchesse que le roi Charles VII, lui avait décerné, mais qu’elle avait refusé, probablement pour ne pas attiser les jalousies et les ressentiments dont elle était l’objet à la cour de Charles.
Le coussin ou carreau sur lequel s’appuie la tête est soutenu par deux anges et les nombreux plis de la jupe recouvrent une partie du corps des deux béliers qui rappellent symboliquement son prénom.

Le monument fut l’objet de dégradations pendant ses nombreux déplacements.
Conformément aux dernières volontés de la Dame de Beauté, sa dépouille, déposée dans un triple cercueil de chêne, de plomb, et encore de chêne, surmonté de son gisant d’albâtre, fut installée au milieu du chour de la Collégiale Saint Ours de Loches.

Mais dès le règne de Louis XI, les chanoines, oubliant les dons de leur bienfaitrice, demandèrent au fils de Charles VII, le déplacement du mausolée, sous prétexte que celui-ci les gênait dans la célébration du culte. Louis XI, qui pourtant détestait la favorite de son père, refusa l’autorisation car les chanoines avaient hérité une partie des biens d’Agnès et s’étaient engagés à dire des messes pour le repos de son âme.

Tombeau d'Agnès Sorel
Tombeau d’Agnès Sorel

Pendant quelques siècles, le tombeau d’Agnès ne bougea pas, et les chanoines durent s’en accommoder. Leur demande fut réitérée sous Louis XV, qui, lui aussi refusa que le gisant de la Dame de Beauté fut déplacé. Le roi inscrivit de sa main dans la marge de la lettre par laquelle les chanoines proposent le déplacement du tombeau dans une chapelle annexe : « Néant, laisser le tombeau où il est »

C’est Louis XVI qui, en 1777, avec sa bonté et son indulgence coutumières, autorise le transfert dans la nef. Avec la permission de l’archevêque de Tours, on descelle le monument, qui donne sur un caveau contenant les trois cercueils. Les restes non décomposés, une dentition en parfait état et des cheveux blonds cendrés, coiffés en tresse dans le dos et crêpés sur le dessus, en sont ôtés et transférés dans une urne (en fait un simple pot de grès).
Le tout est remis solennellement dans le tombeau que l’on a réédifié à droite du chœur.
En 1793, pendant la Révolution, le tombeau est profané. L’urne est jeté dans le cimetière du jardin du presbytère actuel et sera récupéré par le conventionnel Pocholle, tandis que le monument, démonté, brisé par les soldats, est, après leur passage, entreposé en lieu sûr.

Sous le Premier Empire, le général de Pommereul, bel esprit qui s’intéresse à l’Histoire et aux Lettres, et qui veut essuyer les outrages reçus par Agnès, envoie les débris à Paris, les fait restaurer par le sculpteur Beauvallet, et entreprend de placer le tombeau dans une sorte de cul-de-basse-fosse, pièce étroite et obscure aux murs énormes, située au pied du donjon qui surplombe la ville et qui est reliée au pignon du château.

Château de Loches - Logis royal
Château de Loches – Logis royal

La porte du nouveau sanctuaire est surmontée d’un fronton orné du vers de Voltaire : « Je suis Agnès, vive France et Amour ». Monseigneur de Barral, archevêque de Tours, profite du départ du Général préfet et de l’arrivée de son successeur, M. Lambert pour faire supprimer les vers que Pommereul avait composés en prenant un peu trop de liberté avec l’Histoire.

De 1805 à 1970, la gisante restera dans son sous-sol, soumise à l’admiration de plus en plus enthousiaste et nombreuse des visiteurs qui par millions viennent rendre hommage à l’un des personnages les plus attachants et les moins connus de l’histoire. Mais ces nombreuses visites font courir un nouveau risque au tombeau et en 1970, sur les instances de ceux qui estiment à juste titre que ce chef-d’œuvre serait plus à sa place, mieux visible et protégé des risques de dégradation, dans le logis royal du château de Loches, on décide le transfert qui a lieu le 4 mars 1970.

En cette fin d’année 2004, le Conseil Général d’Indre et Loire à décidé de rétablir le respect des dernières volontés d’Agnès Sorel : reposer pour l’éternité dans la Collégiale Saint-Ours de Loches. Après cette longue errance, les restes de la Dame de Beauté retrouveront la Collégiale au printemps 2005.

Le 28 Septembre 2004, le mausolée, qui est depuis mars 1970 dans le logis royal, a été ouvert pour récupérer l’urne et effectuer des prélèvements à des fins d’études scientifiques. L’opération a été supervisée par le Dr Philippe Charlier, responsable des études anthropologiques et paléo pathologiques, au CHRU de Lille, et par Bruno Dufay, Archéologue du département.

Le but de ces études est de savoir si les ossements contenus dans l’urne appartiennent bien à Agnès Sorel. Les différents déplacements et la profanation qui a eu lieu pendant la Révolution, ont suscités de nombreuses interrogations : Quelle est la cause réelle du décès d’Agnès Sorel? Est-elle morte en couche d’“un flux de ventre ” ou a-t-elle été empoisonnée?
En quelle année est elle née ?
Autant de questions qui trouveront réponses grâce aux moyens les plus modernes de Lille (prélèvements ADN), Strasbourg (génétique), Paris (toxicologie), Reims (parasitologie).

À l’institut de recherche criminelle de la gendarmerie à Rosny sous Bois, on cherchera même à reconstituer le visage de la Belle Agnès.

Les résultats seront connus et dévoilés le 2 Avril 2005 (voir Les résultats de l’enquête scientifique sur la mort d’Agnès Sorel), date à laquelle le mausolée d’Agnès Sorel sera transféré du logis royal du château de Loches à la Collégiale Saint Ours. Pour un repos éternel… peut être.

 

Les résultats de l’enquête sur la mort d’Agnès Sorel

enquête sur la mort d'Agnès SorelLe déplacement du tombeau d’Agnès Sorel a été l’occasion de faire étudier les restes d’Agnès Sorel pour résoudre une fois pour toute ce problème historique : quelles furent les causes de la mort de la belle Agnès ?

La première conclusion de l’enquête montre qu’Agnès Sorel est morte à l’age de 28 ans. D’après l’historien de l’époque, Jean Charlier, on sait qu’elle est morte très rapidement, en deux ou trois jours, et qu’à l’époque sa mort a été attribuée à un « flux de ventre ».

Dès cette époque la mort d’Agnès Sorel a suscité des questions. Les circonstances étaient assez suspectes.

Récemment, une équipe de 28 scientifiques de 22 laboratoires différents de France et d’Italie s’est penchée sur le problème. Les scientifiques avaient à leur disposition, non pas le corps dans son intégralité, mais une réduction du corps. Le corps avait été réduit au XVIIIe siècle et transféré dans une urne funéraire : un pot en grès ou plus exactement un saloir à cochon qui faisait 40 cm de haut.
Dans cette urne, se trouvait le crâne d’Agnès Sorel, des fragments de mandibule et des matières organiques décomposées.

En fait les scientifiques disposaient d’une tête momifiée par les vapeurs de plomb qui avaient assez bien conservé les chairs d’Agnès Sorel. Les scientifiques ont pu faire des prélèvements au niveau des poils, des cheveux, de la peau et des sourcils et ces prélèvements ont été examinés par les chercheurs. Ces analyses ont permis de faire deux constatations :

La première constatation est qu’Agnès Sorel était parasitée par un vers du nom d’ascaris (ou ascaride) qui est un parasite intestinal qui occasionne des troubles intestinaux, des diarrhées et des douleurs abdominales. Agnès Sorel était traitée pour lutter contre ce parasite par de la fougère male en décoction pharmaceutique dont les scientifiques ont retrouvé les pollens dans le jus de putréfaction de la jeune femme.

La seconde constatation est plus troublante: les scientifiques ont retrouvé dans les cheveux et les poils d’Agnès Sorel une quantité énorme de mercure. Le dosage, évoqué par le scientifique Philippe Charlier sur les ondes de RMC info, ne permettait pas une survie très prolongée de la Dame de Beauté.

Agnès Sorel a donc été empoisonnée au mercure.

Cependant cet empoisonnement n’est pas forcément un geste criminel, il peut s’agir d’une complication de son traitement dans la mesure où on sait, qu’à l’époque, on traitait les vers ascaris par de la fougère male associé à du mercure. Quelqu’un s’est il trompé en préparant son médicament ou quelqu’un a-t-il profité de son traitement pour forcer la dose et, de ce fait, pour l’assassiner ?

Voila une question qui sera difficile à résoudre.

Agnès Sorel avait une influence considérable auprès de Charles VII. Elle était l’éminence grise du roi. C’est elle qui l’a poussé à reconquérir le royaume de France en luttant notamment contre les anglais en Normandie pour récupérer une partie importante du territoire français.

 

©ludianov.fr

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